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Lorsque l’enfant parait…

février 27, 2018

Faut-il sacrifier les euros sur l’autel du dieu techno pour ne pas finir idiot ?

 

Tous les jeunes parents vous le diront : l’arrivée du premier bébé est source de joie ou d’excitation… et de son lot de consolation associé : le stress. Car il faut le savoir (message aux générations Y ou millénium), la 6ème merveille du monde, forcément la plus belle, n’est jamais livrée avec un mode d’emploi adéquat. Remarquez que, dans notre monde digital où on met en route son dernier smartphone avant d’avoir lu les 600 pages du guide utilisateur, cela pourrait sembler être le standard basique de chez basique. Sauf que, être parent, c’est tout sauf vivre dans le futur. On veut tout de suite le meilleur pour son bout d’chou, et en plus… on refuse de se planter, car le CTRL+ALT+SUPPR n’existe pas.

C’est là qu’interviennent les parents et amis qui sont heureux de partager avec vous les secrets sur l’éducation de l’enfant. Et, comme par hasard, les conseils du meilleur ami forcément bien intentionné sont en conflit direct avec ceux d’un autre tout aussi bienveillant ! Voilà comment des jeunes qui n’avaient rien demandé, rajoutent du stress au stress, oublient ce que le mot bonne nuit de sommeil réparateur veut dire et préparent l’ulcère qui les rappellera à l’ordre quelques décennies plus tard.

Dans l’industrie, c’est un peu la même chose. La (re)naissance est là. Partout dans le monde occidental on redécouvre l’amour des usines qui soudain se retrouvent en surchauffe. On les appelle « du futur » ou « 4.0 ». On les habille en rouge de la French Tech ou en bleu de la French Fab. C’est l’excitation de la transformation du bout de ferraille en produit de haute précision qui atterrira dans le rugissement d’un moteur de fusée, dans le flux de données d’une voiture autonome ou dans le basculement lent d’un pèse personne dernier cri. Chacun prend soin de ces merveilles issues du génie humain et de l’évolution industrialo-darwinienne démarrée quelques siècles plus tôt dans les magnifiques planches de l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

La révolution du bit est là ! Et c’est ainsi que le monde tourne rond dans ce merveilleux nouveau monde digital.

Enfin, c’est ce que l’on voudrait nous faire croire ! Le fringant entrepreneur, chevalier de l’ère moderne, qui pensait avoir l’expérience établie du père de famille nombreuse, se retrouve, de par la faute du numérique, avec des soucis de jeunesse qu’il pensait avoir évacué depuis longtemps. Il va falloir investir, oui, mais dans quoi ? Ses « amis », clients ou actionnaires, le poussent à aller vers cette entreprise du futur qui va révolutionner ses modes de fabrication, ses outils de conception ou ses relations inter ou intra entreprises. Les sirènes du progrès lui susurrent à l’oreille : « Il y a de l’or dans la data, et toi, l’entrepreneur qui a tout réussi, tu ne le vois pas ? ».

Je ne te dis pas le stress qui pèse aujourd’hui sur les industriels ! Bon, quand on est patron d’une grosse boite, on peut toujours dire à ses équipes d’investir dans quelques robots collaboratifs ou autre Internet des objets, histoire d’illustrer son rapport d’activité annuel. Mais quand on est à la tête d’une PME, on fait quoi ?

On fait quoi, quand on doit arbitrer entre l’achat d’une nouvelle machine qui fait gagner de la productivité tout de suite – ou qui améliore les délais de livraison à son client – et l’investissement dans l’exploitation de données qui, on l’espère, génèreront du cash… un jour !

L’industrie du futur reste pour beaucoup d’entreprises, un concept ultra futuriste, dont les promesses de retour sur investissement s’avèrent difficile à estimer ou à quantifier. On en parle, on sait que c’est bien, mais on ne se sait pas comment faire le premier pas. Pire, les centaines de solutions proposées par le marché, toutes plus merveilleuses les unes que les autres engendrent un bruit de fond totalement assourdissant au milieu duquel la pépite nécessaire et utile est totalement invisible. En interne, c’est pareil : chaque service veut sa solution du futur hyper connectée pour ne pas être « has been ». Vite, sacrifions les euros sur l’autel du dieu techno pour ne pas finir idiot !

Mais n’est-on pas en train de faire fausse route ? A force de vouloir mettre du digital à toutes les sauces, on finit par oublier l’essentiel : la cohérence de l’entreprise. Avoir des milliards de données peut probablement faire le bonheur des fournisseurs de cloud mais pas obligatoirement celui de son client. Investir massivement dans le « data management » peut satisfaire temporairement une communication boursière mais pas renforcer la cohésion des équipes source de dynamisme et de succès. Regarder l’entreprise du futur au travers des 0 et des 1 des ordinateurs c’est rater le coche de la vraie révolution 4.0

L’entreprise du futur, celle à laquelle je crois, doit se construire avant tout sur l’humain et le « papier-ciseau ». Elle doit « muscler » les Hommes en pariant sur l’intelligence et l’agilité. On pourra toujours se gargariser d’un investissement massif dans le digital mais à quoi servira-t-il si son lien avec le monde réel n’est pas cohérent ? Et l’industrie, n’en déplaise à certains, c’est d’abord et avant une relation forte avec de la matière bien réelle. L’entreprise du futur se doit d’être rapidement reconfigurable pour répondre à la versatilité du client mais elle doit d’abord et avant tout donner la compétence et les méthodes adaptées à ceux qui l’opèrent.

La révolution de l’industrie du futur, c’est cela, loin des conseils technologiques des « doctes parents et amis du futur ».  C’est une révolution de pragmatisme, de bon sens et d’Humanité avec un grand H auquel on adossera, si nécessaire, une dose plus ou moins grande de digital ! Croire l’inverse, c’est considérer que MATRIX existe vraiment !

Alors « Lorsque l’enfant 4.0 parait ! » n’oublions pas les seuls vrais fondamentaux de la Françoise Dolto de l’usine du futur !

André Montaud

am@thesame-innovation.com

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