Extase ou naze ?
Notre monde est-il devenu fou ?

février 25, 2019

A quelques mois de distance, l’intelligence artificielle (IA) a voulu nous faire croire qu’elle faisait un bond fulgurant dans la création pure en se prenant pour l’artiste quasi définitif du 21ème siècle. La belle blague !

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Remarquez, il y a toujours quelques gros naïfs (j’ai pas dit naze, monsieur le redac’chef) pour se laisser prendre au piège de la technologie triomphante en criant au génie absolu. Il en est ainsi du portrait d’Edmond de Belamy. Cette « toile » de 70 cm de côté a pu être réalisée après qu’un réseau neuronal gavé de 15000 portraits se soit mis à peindre, pendant qu’un autre, jouant au critique d’art, décide ce qui était « beau » ou pas. Il en a résulté une série de 11 tableaux de la pseudo famille Belamy (http://obvious-art.com/gallery.html), tous signés d’une énigmatique formule mathématique derrière laquelle se cachent trois étudiants parisiens. La toile Edmond, l’une des moins moches, estimée entre 7000 et 10000 dollars est partie pour 432000 dollars chez Christie’s : un peu cher pour une vulgaire impression à jet d’encre, fut-elle livrée avec un joli cadre doré. Le monde est fou !

Et ça continue !

La gigantesque symphonie « inachevée » de Schubert vient d’être terminée par un autre réseau neuronal , issu du smartphone HUAWEI Mate 20 Pro (https://tinyurl.com/y3caua9n ). Il y avait du taf, car le compositeur romantique avait abandonné son job en plein milieu. Bon, en fait, personne ne connait la vraie histoire vraie. Certains disent que Schubert était trop malade, d’autres qu’il s’était convaincu que l’œuvre était définitivement parfaite avec 2 mouvements au lieu de 4. Toujours est-il que les ingénieurs chinois se sont offerts les services de Lucas Cantor, un chef d’orchestre américain, pour mettre en partition les mélodies de la machine. « Le résultat de cette collaboration avec l’intelligence artificielle démontre que la technologie offre des possibilités incroyables et peut avoir un impact majeur et positif sur la culture moderne ». Que ne dirait-on pas comme bêtises pour un paquet de dollars. Bon ok, c’est un superbe coup de pub mais quoi d’autre ? Une horreur ! Les deux derniers mouvements ressemblent plus à une parfaite musique de film qu’au splendide génie torturé de l’auteur autrichien. Et l’ovation des spectateurs qui se lèvent à la fin de la première représentation à Londres tourne au ridicule. «Tu sais pas mec, mais j’ai entendu l’inachevée achevée. Une tuerie, ouais et j’y étais là. C’était A.M.A.Z.I.N.G !». Marketing quand tu nous tiens. Le monde est fou !

Mais derrière ces évènements anecdotiques, il y a un courant de pensée qui ressurgit des tréfonds du 19ème siècle, qui voudrait laisser croire qu’en se gavant de toute l’intelligence passée du monde, on pourrait inventer tout notre futur.

On pleure ou on rit ?

La création est tout sauf un processus logique qui pourrait s’écrire en A+B=C. C’est même tout le contraire. La fulgurance de la pensée ne se modélise pas. Ce n’est pas en dopant un ordinateur avec toute la peinture depuis Lascaux jusqu’à la Renaissance que l’on inventera l’impressionnisme ou Picasso. Les progrès de la science au début du 20ème siècle sont le fruit de jeunes physiciens loin de la pensée dominante de l’époque, qui tiraient les ficelles de solutions quasi miraculeuses qui ont donné la relativité et la physique quantique.

Mieux encore, l’un des chemins les plus féconds de la connaissance est le chemin buissonnier où la découverte est imprévue et totalement fortuite. Les rayons X de nos radiographies sont l’improbable résultat d’études sur les tubes cathodiques, le succès du Viagra vient d’un effet secondaire d’un médicament destiné à l’angine de poitrine, jusqu’aux bêtises de Cambrai issues de la bourde d’un apprenti confiseur. Cette façon de faire a même un nom : la sérendipité. Alors oui, je hurle à la supercherie lorsqu’on veut nous laisser croire que l’intelligence artificielle est intelligente, c’est un bel outil, pas plus. J’hallucine tout autant lorsqu’on essaye de nous convaincre que l’innovation s’apparente à un processus quasi industriel où le résultat serait programmé d’avance dans de splendides matrices.

Gardons en tête que notre spécificité, à nous, les humains, c’est ce grain de folie qui va nous amener là où aucune équation, aucun programme, aucun diagramme de Gant ne nous aurait fait aller. L’oublier c’est perdre l’extase de la création pour lui substituer des copies toujours parfaites mais où le grand frisson serait définitivement absent.

Belamy ou l’Inachevée achevée sont des ébauches rustiques, iconoclastes, mais dangereuses, d’un avenir sans futur. Avec toutes ses imperfections, l’Homme vaut bien mieux que ces produits sans aspérités.

Extase ou naze : j’ai choisi mon camp. Et vous ?

 

André Montaud

am@thesame-innovation.com

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